Egeria Point : le bout du monde du bout du monde

Que n’évoque le bout du monde…

Vous entendez d’abord son appel, comme James Bond en train de siroter son martini dans son bain.

Oui, le bout du monde, c’est loin. Il faut être un peu jet set pour pouvoir se payer le voyage.

Vous vous retrouvez ensuite à suer sang et eau, Indiana Jones cherchant le Graal.

Le bout du monde, c’est forcément en terre inconnue, et un exploit physique en soi pour y arriver.

Vous l’atteignez enfin, et vous voilà les cheveux au vent, inspirant à plein poumons l’air de la liberté, tel le voyageur contemplatif de Caspar David Friedrich, là-haut, seul sur sa montagne.

Car le bout du monde, c’est désert, za va de zoi !

Puis vous rentrez chez vous en gardien d’un savoir et d’une expérience uniques, à la manière de Jorge de Burgos, le vieil aveugle flippant du Nom de la rose.

Parce que le bout du monde, ça fait des jaloux, et d’abord des jaloux de leur propre secret. Motus et bouche cousue.

Mais quand on habite déjà au bout du monde, c’est quoi… le bout du monde ?

Egeria_Point_Carte_Île_Christmas

Image d’Arthur Floret utilisant une carte d’Ewan ar Born via Wikimedia et une pince de crabe de Pixabay.com

Sur l’île Christmas, c’est Egeria Point.

Deux mots qui résonnent comme un défi, un mystère.

Deux mots que tout le monde connaît, mais dont presque personne n’a vu le bout.

Il faut dire que l’on va plus rapidement et plus facilement à Perth à partir de Flying Fish Cove…

* * *

Egeria Point, c’est la course.

10km en 1h00 de 4×4 gicleux et tape-cul au cœur de la jungle à partir de la fin de la route principale. Puis 2h00 à 3h00 de marche au trot dans chaque sens.

Mine de rien, ça remplit la journée. Et les deux suivantes si vous avez le moindre pépin.

Bref, pour aller au bout du monde du bout du monde, il faut commencer par penser à son retour et marcher vite.

Egeria_Point_Île_Christmas_2

En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (1/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

C’est beau, c’est vierge, c’est touffu.

Egeria_Point_Île_Christmas_4

En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (2/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

On est comme un petit morpion heureux et fatigué d’enjamber les gros poils pubiens de son hôte.

Egeria_Point_Île_Christmas_5

En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (3/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

À part vous, la faune n’est guère spectaculaire, quoiqu’elle n’en est pas moins curieuse.

Ici, un jeune fou n’arrive pas à décoller du sol. Il faut l’y aider, à défaut de quoi il mourra de faim.

Egeria_Point_Île_Christmas_8

Sur l’île Christmas, les jeunes fous qui tombent de leur nid ne peuvent plus s’envoler. Celui-ci aura de la chance… Crédit Photo: Arthur Floret.

Là, un crabe « pourpre », très rare, vient vous rappeler que les meilleurs épisodes des Chevaliers du zodiaque, c’était avec les chevaliers noirs. Noir contre or. Violet vs rouge.

Egeria_Point_Île_Christmas_3

Une des deux espèces de crabes violets présentes sur l’île Christmas, très rare localement (Gecarcoidea humei​​​). Crédit Photo: Arthur Floret.

À mi-hauteur du plateau central, sur une terrasse qui descend en pente douce vers la côte, on trouve une autre curiosité, végétale cette fois.

Une forêt entière de Dysoxylum gaudichaudianum.

Ou ce qu’il en reste.

Egeria_Point_Île_Christmas_7

La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Le cyclone Gillian a coupé net sa canopée en mars dernier.

On parle de 10 à 15 ans avant que le milieu ne se reconstitue.

Egeria_Point_Île_Christmas_6

La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Puis c’est des batailles avec le GPS et une traversée interminable de pandanus tranchants comme des couteaux à pain.

Le marquage du sentier est quasi inexistant et la seule carte papier disponible dans le commerce n’est pas assez précise.

Heureusement qu’on y laisse des petits morceaux de peau et de cuir chevelu pour faciliter la remontée. On petit-poucette à sa manière.

Egeria_Point_Île_Christmas_1

En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (4/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

Sur la fin, il faut se glisser dans un tunnel de verdure pour l’atteindre, ce bout du monde —d’ailleurs, le bout du chemin, ou le bout de son nez, c’est bien assez à ce stade.

Et là, on y est. Spectaculaire…

Mais ça, vous ne le verrez pas, na !

Motus et bouche cousue !

Le_Voyageur_du_Bout_du_Monde_Île_Christmas

Un voyage au bout du monde, ça vous change du tout au tout, sur l’île Christmas comme ailleurs. Image d’Arthur Floret utilisant des captures d’écran de Bonappetit.com, Screencrush.com et Carpeaux.fr, ainsi qu’une reproduction de tableau via Wikimedia.

The following two tabs change content below.
Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.