S comme serpent

N’est-ce pas curieux comme certaines créatures font l’unanimité contre elles ?

Non.

C’est parfaitement normal.

En fait, ça se passe même d’explications. Une simple liste fait l’affaire : les requins, les moustiques, les morpions, les crocodiles de mer, les mygales, les méduses, les vers intestinaux, les dictateurs, les rats, les scolopendres… et, bien sûr, les serpents.

Au passage, où classeriez-vous ces derniers ?

Laissez-moi deviner. En première position.

Alors sautez dans le prochain avion pour l’île Christmas, car ici, nous n’avons que deux espèces de serpents, d’ailleurs toutes deux « étrangères », et, surtout, toutes deux inoffensives pour les humains, y compris les cardiaques ! Même les Suisses ne font pas mieux !

La première est Lycodon aulicus capucinus, en anglais Asian Wolf Snake, ou « serpent loup ». Un grand nom pour une petite chose, puisque le serpent loup ne fait en moyenne que 70 cm et n’est pas venimeux, même s’il peut mordre pour se défendre. Il est présent sur toute l’île mais affectionne les zones urbanisées. Actif la nuit, il est très rare de le croiser. On le retrouve dans les autres pays de l’Asie du Sud-Est.

Moi, je l’aime bien ce serpent. Il m’a réconcilié avec mon côté primitif, aventurier, Bear Grylls, quand j’ai attrapé un beau spécimen dans notre jardin. Enfin… ce qui a dû être un beau spécimen…

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La peau d’un sssserpent loup de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Et comme on s’emmerde un peu au bout du monde, je me suis amusé à faire un S avec sa peau. SSSSSuper…

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Re- la peau d’un sssserpent loup de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

La seconde espèce de serpent que l’on a est Ramphotyphlops braminus, en anglais Flowerpot Blind Snake, ou « serpent aveugle du pot de fleurs ». En parlant de petite chose, les adultes ne mesurent en moyenne que de 6 à 16 cm, ce qui lui vaut souvent d’être confondu avec un ver de terre. Il est parfaitement inoffensif pour nous, mais certaines sources notent quand-même son odeur… Il habite partout sur l’île, et il est très commun sur les cinq continents.

Ça, c’est encore l’histoire d’un testicule qui m’a poussé entre les jambes, quand j’ai franchi le palier du domicile familial avec ce monstre au bout de mes bras. Décidément, formidable ce jardin.

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Un ver de terre de l’île Christmas? Crédit Photo: Arthur Floret.

Mais lui, il a fait le S tout seul… puis des caractères chinois après l’avoir un peu trop tripoté.

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Pardon, un serpent aveugle de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Mais je ne saurais terminer ce billet sans rendre hommage à la Marylin des guivres, puisqu’il existe en vérité une espèce endémique de serpent sur l’île Christmas : Typhlops exocoeti. Figurez-vous l’ami braminus, ci-dessus, mais en trois fois plus grand et en tout rose. Oui, c’est perché, hein ? Malheureusement, il n’aurait pas été aperçu depuis le milieu des années 1980.

Ah, le rose et les années 1980…

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.