Scolopendre : au secouuuuuurs !

Veinard ! Veinard…

Pardon, je m’adresse à la portion de mon vénéré lectorat qui vit dans l’ignorance des scolopendres, c’est-à-dire 10% d’entre vous.

D’où le singulier. Veinard.

Évidemment, l’île de Noël, dans ton esprit, ratatine Bora Bora sur le plan paradisiaque. Et les Seychelles, les Maldives, tout ça, hihihi…

Je t’ai bien endoctriné, alors.

Passons.

Plus sérieusement, qu’est-ce qui caractérise le paradis, dans les discussions de café, au moins ?

La femme ? L’abondance de pommes sucrées ? L’absence de moustiques et de politiciens ? Le soleil et l’eau turquoise ?

C’est le serpent, bien sûr, et, par extension, toutes les sales bêtes qui font qu’on ne pourra jamais se laver les dents en paix.

Hier soir, j’étais en train d’aider ma fille de 4 ans à se brosser les ratiches au-dessus du lavabo de la salle de bain, tranquillement, avant d’aller lire Desproges, quand une scolopendre est sortie du siphon à tout berzingue, du genre « excusez-moi, vous m’avez pas vue ».

Crise cardiaque, hurlements, larmes, un poing qui vole, vlan, mon rasoir électrique de fichu.

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Une scolopendre sortie de mon lavabo sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Après coup, néanmoins, je me suis dit que cette entrée en matière me facilitait finalement les choses, puisque je n’avais pas à en dénicher une pour faire un billet pour Mondoblog. Imagine, la chasse aux cent pieds…

La  présence des scolopendres est attestée dès les premières années de la colonisation humaine, et en 1907, on les juge déjà « abondantes » partout sur l’île.

Elles sont importées par bateau, et c’est doublement dommage, puisqu’elles seraient une des causes à l’origine de la quasi-disparition des chauves-souris locales, et elles restent, jusqu’à ce jour, le seul animal dangereux pour l’homme.

On comprend pourquoi quand on voit ses crochets à venin :

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Les crochets à venin d’une scolopendre de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Il y a de véritables histoires d’horreur qui circulent à leur endroit. Une personne, dont je ne dirai même pas le sexe, qui s’est faite mordre les testicules dans son lit. Une autre qui s’est faite atomiser le pied en enfilant une chaussure. Ou dans un pantalon avant d’aller au travail. Ou sur la nuque en poussant les branches dans la forêt. Assis dans un canoë, en ramant, loin de la plage. Etc.

J’attends mon tour. Je te tiendrai au courant.

Dans l’intérim, ça me fait penser à ces documentaires américains sur les attaques de requins, d’alligators, de serpents, bref, n’importe quel drame impliquant un innocent citoyen de la classe moyenne étasunienne et une horrible créature vicieuse et mortelle.

Les reconstitutions sont impayables, surtout quand elles sont faites avec la victime. Flous, ralentis, voix « off », caméra répliquant la vision de la bête, narration faisant appel à des souvenirs très lointains. Je veux en être.

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.