Statistiques : introduction à la problématique des boat people en Australie, partie 1

Aujourd’hui, je souhaite vous présenter quelques données statistiques afin de commencer à cerner les contours de la problématique des demandeurs d’asile qui arrivent par bateau sur l’île-continent.

Peu de nations démocratiques sont en effet aussi obnubilées, obsédées, hypnotisées faudrait-il dire, que l’Australie par un sujet en particulier.

Au-delà des hypothèses culturalistes qui prétendent expliquer cette réaction (insularité, racisme, différentiel de richesse économique avec les voisins, fragilité de l’identité nationale, etc.), et qui ont une certaine valeur subjective pour des observateurs extérieurs comme moi, je crois qu’il est nécessaire de commencer notre étude de manière pragmatique, par des chiffres.

La tendance du nombre d’arrivées dans cette catégorie de migrants depuis les premiers « boat people », à la suite de la chute de Saïgon en 1975, est donc la suivante :

Diagramme_Arrivées_Noyés_Île_Christmas

Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est que :

  1. le nombre d’arrivées est certes affecté par l’actualité internationale (guerres du Vietnam, d’Afghanistan, et d’Irak, auxquelles l’Australie a pris une part importante dans la foulée des États-Unis), mais il est aussi impacté par la constitution de réseaux de passeurs (via l’Indonésie), par les politiques du moment adoptées à Canberra, et par des facteurs tiers que nous aborderons en détail prochainement ;
  2. Tony Abbott, le nouveau Premier ministre australien, qui est issu de la droite conservatrice chrétienne, a été élu en septembre 2013 alors que son pays faisait face à un afflux sans précédent de boat people. Son principal slogan de campagne était : « stop the boats » (arrêter les bateaux). S’il a su, bien entendu, capitaliser sur la conjoncture, il n’est cependant pas à l’origine des politiques les plus répressives à l’égard des demandeurs d’asile. Hormis les Verts, il existe un relatif consensus transpartisan dans la classe politique pour faire preuve de fermeté sur cette question (pour ne pas dire de fermeture) ;
  3. le nombre des décès en mer des demandeurs d’asile, quoiqu’il soit sujet à variations (décès « confirmés », « probables », « douteux » ou « démentis », sans compter ceux que la raison d’État se garde de publiciser), suit à peu près l’importance du flux migratoire, mais sur les 1 532 personnes noyées ou disparues depuis que les données existent en 1998, pas moins de  94% d’entre avaient pour destination l’île Christmas.

Relations avec l’Indonésie voisine, arrivées massives de boat people, politique répressive (détention, répression, secret, etc.), noyades régulières, n’est-ce pas plus, en somme, le problème quotidien de la petite île Christmas que de l’immense et lointaine Australie ?

« À qui profite le crime… ? »

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.