Welcome to Australia ! Non, pas toi espèce de c*** !

Je découvre aujourd’hui la « page d’accueil » de la section « réfugiés » du site officiel du Département australien de l’immigration et de la protection des frontières (DIBP).

À moins que ce ne soit une farce de pirate informatique ?

Voici une capture d’écran. On ne pourra pas dire que ça n’a jamais existé :

Capture_Écran_Page_Réfugiés_Site_DIBP_Original

Capture d’écran de la page d’accueil de la section « réfugiés » du Département australien de l’immigration et de la protection des frontières (cliquez deux fois pour agrandir). Source: DIBP.

Passons sur le fait que le ministère lui-même associe dans son intitulé « immigration » et « protection des frontières ».

Pourquoi pas « immigration » et « violence conjugale », ou « immigration » et « application des normes sanitaires dans les restaurants » tant qu’à faire ?

Voici une traduction maison du texte :

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PAS QUESTION. ILS N’ENTRERONT PAS EN AUSTRALIE

Les règles ont changé. Vérifiez-en les détails.

Les gens qui arrivent en Australie par bateau sans visa ne pourront pas s’installer en Australie ; ils seront envoyés à Nauru ou à Manus où leur dossier sera traité.

Ils ne pourront pas travailler et ils risquent d’attendre longtemps que leur demande soit étudiée.

L’Australie possède les mesures de protection des frontières les plus draconiennes de son histoire. Le gouvernement australien a annoncé qu’aucun visa de protection temporaire ou permanent ne sera délivré à quiconque jusqu’à nouvel ordre.

Ne jetez pas votre argent par les fenêtres — Les passeurs racontent des mensonges

Le gouvernement australien a donné l’ordre aux forces de défense australiennes de refouler les bateaux quand cela est sécuritaire.

Ne mettez pas en danger la sécurité de votre famille ou de vos amis en payant des passeurs. En arrivant par bateau, c’est la garantie qu’ils ne seront pas réinstallés ici en Australie.

Ces mesures ont été mises en place pour arrêter les passeurs et empêcher davantage de décès en mer.

Prenez soin de votre famille et de vos amis Dites-leur de venir de la bonne manière

Vous pouvez toujours immigrer en Australie par la voie légale. Les demandeurs d’asile continuent à voir leur cas traité pour une installation permanente en Australie s’ils immigrent dans le cadre des programmes de migration humanitaire, pour travailleur qualifié ou familial.

Les gens qui immigrent en Australie légalement obtiennent priorité quand ils parrainent leur famille pour les rejoindre.

***

Dans le premier paragraphe, il y a un lien qui ouvre sur une page contenant une brève présentation de l’Opération frontières souveraines, qui est une réponse militaire du nouveau gouvernement conservateur de Tony Abbott au nombre record d’arrivées de demandeurs d’asile par bateau en Australie en 2013.

On y précise que dans les 48 h après avoir foulé le sol australien les migrants sont transférés à Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée) ou à Nauru (dans le Pacifique Sud), et on y confirme que le gouvernement a donné l’ordre à la marine nationale de refouler les bateaux de demandeurs d’asile quand c’est possible.

Il y a aussi des « matériels de communication » en dari, farsi, pachtoune, ourdou, etc. destinés à bien faire passer le message, et en particulier une bande dessinée qui montre le parcours d’un jeune homme qui tente le voyage de l’Australie.

Storyboard_Afghanistan [Page 12]_DIBP

La page 12 de la version afghane de la bande dessinée du DIBP. On y voit l’arrivée d’un groupe de demandeurs d’asile à Flying Fish Cove, sur l’île Christmas. Source : DIBP.

C’est un mécanicien à qui l’on fait miroiter une vie de rêve sur l’île-continent, et que sa famille semble plus ou moins forcer à partir là-bas. Aucun problème de persécution, de menace, rien, juste une grosse poignée de billets planqués dans les bas résille de la mémé et zou, va me faire fructifier ça mon petit !

Après, c’est le débarquement sur la jetée de l’île Christmas, le transfert au centre de détention de North West Point, puis le transfert par avion vers Nauru, dans des circonstances semblables à celles que je vous ai montrées l’autre jour avec mon billet sur le vol ASY880 à destination de Colombo. Le document insiste à souhait sur la détresse psychologique des détenus, les conditions basiques de leur incarcération, etc.

J’allais vous faire un laïus détaillé sur la bêtise abyssale, que dis-je ?, le non-sens total de tout ce travail, et puis je me suis dis que ce serait plus simple de vous orienter vers trois lectures, si vous souhaitez approfondir votre réflexion à ce sujet.

La première est un article d’Oliver Laughland, du Guardian Australia, publié aujourd’hui, qui remet en contexte de manière synthétique cette campagne de communication, tout comme la seconde, qui retrace pour sa part l’actualité des demandeurs d’asile en Australie au cours des mois passés.

La seconde est un document indispensable et que peu d’Australiens connaissent : le Mythbuster du Centre de ressources pour demandeurs d’asile (ASRC).

Lectures cruelles de faits qui permettent de déconstruire le discours infantilisant d’Abbott et de sa clique.

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.