‘Straya Day 2014 : kesako ?

Aujourd’hui, c’est la fête nationale australienne, Australia Day, ou « ‘Straya Day » dans le jargon local.

Enfin, ça aurait pu être aussi simple que ça…

Petit rappel historique :

  1. en 1763, l’incapable Louis XV abandonne piteusement la Nouvelle-France à ces monstres d’Anglais, non sans oublier près de 70.000 « Canayens » là-bas ;
  2. face à l’amitié pluriséculaire entre les Canayens et les Indiens et à leur résistance commune, Londres finit par se résigner à leur accorder certains droits, notamment sur la vallée de l’Ohio et les Grands Lacs, autrement dit le centre de l’Amérique du Nord ;
  3. les habitants des Treize colonies perdent la boule, parce qu’ils détestent les Canayens, les Indiens, et le fait d’être entassés comme des sardines sur la façade est du continent. Du coup, ils se fâchent avec les Britanniques. La France pense se racheter un minimum de conscience en aidant les… États-Unis… à devenir indépendants ;
  4. en 1788, le Royaume-uni, n’ayant plus de débouché pour ses malfrats en tous genres, jette son dévolu sur la Nouvelle-Hollande (côte orientale de l’Australie). La date choisie pour commémorer cette prise de possession est le 26 janvier.
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Une vue de la Baie botanique (Botany Bay), par un auteur inconnu (1789). Source: Wikipédia.

Bref, pour nous, pauvres petits francophones, le 26 janvier n’est qu’un anniversaire parmi d’autres dans la longue série de mauvais calculs et de démissions des gouvernants français qui ont permis l’émergence de l’empire anglo-saxon.

Mais pour les habitants contemporains de l’Australie, le 26 janvier, c’est trois choses bien différentes :

  1. pour la plupart des Aborigènes (premières nations), c’est le Invasion Day,  le « Jour de l’invasion » ;
  2. pour les non-Aborigènes âgés de 15 à 35 ans, c’est le Triple J’s Hottest 100, la sélection annuelle des meilleures chansons de rock et de pop de la radio la plus écoutée au pays ;
  3. pour les non-Aborigènes âgés de 55 ans et plus, ce n’est rien de particulier, puisque la vraie fête nationale, c’est le ANZAC Day, le jour où l’on rend hommage aux forces armées, en particulier aux morts de Gallipoli (Turquie, 1915), la première grande bataille à laquelle aient pris part les soldats d’ici.
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Le drapeau australien.

Alors, forcément, il ne reste que les enfants, leurs parents, les immigrés, et quelques francs-tireurs pour sortir le drapeau britann… pardon, le drapeau aus-tra-lien.

Mais des milliers de barbecues sont organisés un peu partout (c’est l’été), ainsi que des cérémonies de naturalisation et des remises de prix de civisme. Cocktail saucisse-certificat sous le soleil, c’est sympathique.

Comment cela se passe-t-il sur l’île Christmas, qui est une colonie, en Asie du Sud-Est, sans Aborigènes, avec très peu de 15-35 ans, et de Blancs aussi ?

Ça se passe comme partout ailleurs. En tous cas, de loin…

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Le barbecue de la fête nationale australienne à Flying Fish Cove, sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Puis quelques personnes partent en colère, parce que le Shire (le comté) a refusé de prendre en compte la présence de milliers de bébés crabes dans la sélection du lieu de l’événement. On en voit sur les murs, par terre, partout.

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Des bébés crabes sur un mur, le jour de la fête nationale australienne, sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

C’est un vrai massacre insouciant et joyeux pour les convives.

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Les volontaires des ambulances Saint John reçoivent le « prix de la citoyenneté active », sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

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Les volontaires des ambulances Saint John reçoivent le prix de la citoyenneté active »… au milieu des bébés crabes… sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

Enfin, les marins arrivent, par l’odeur de bidoche alléchés, mais c’est déjà trop tard quand ils débarquent, tout le monde s’est goinfré et digère dans l’eau, les doigts de pied en éventail.

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La marine australienne a rappliqué, mais trop tard pour sauver le barbecue des morfals… Crédit Photo: Arthur Floret.

Allez, je vous laisse sur un article spécial sur ce jour spécial, il dit tout haut ce que je pense tout bas : http://thehoopla.com.au/im-strayan-love-stayin-dumb/

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.