Habitation humaine

Un dimanche de mousson, moi ça me donne envie de chanter.

Mais chanter quoi ? « Il pleut, il pleut, bergère… » ?

Non, chanter le bonheur de rester enfermé dans une véritable arche de Noé sous les Tropiques. Une arche de Noël quoi !

Alors, voici de quoi improviser une petite mélodie…

Les araignées sauteuses
ont un effet stroboscopique !

Les geckos
écrasés
schlinguent dans l’encadrure des portes.

Les moustiques,
rien à dire,
pas un humain qui ne vous haïsse,

mais les mantes
religieuses
décrochent toujours une bonne mandale.

Les fourmis
croscopiques
attendent la fin de notre repas

quand les blat-
-tes géantes
festoient sur nos vieilles peaux dégueux.

On marche au
ralenti
près de l’essaim des guêpes tigrées,

mais on file
quand on voit
une putain de scolopendre !

Les poules pondent
sur le balcon
en faisant « pout pout pout pout pout »

et les rats
mangent leurs œufs
dans les ressorts du canapé.

Qu’il est triste
d’être moth,
d’être un lépidoptère de nuit,

mais qu’on rit
du mille-pattes
qui passe entre les doigts de ma fille.

Les moineaux
—c’est sympa—
repeignent le coude de la gouttière.

Alors hein, à quoi bon
un labrador un poisson rouge ?

Gecko_Écrasé_Île_Christmas

Une porte, une maison, un gecko de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

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Arthur Floret
Anthropologue de formation et passionné de voyages, j'ai étudié et travaillé sur les cinq continents. J'ai notamment habité de 2011 à 2014 sur l'île Christmas (Océan indien). "L'isle aux rostres" vous emmène à la découverte de ce concentré d'extrêmes —écosystème unique au monde, dernière colonie occidentale en Asie, principal point de transit des boat people vers l'Australie, paradis des joueurs d'argent, mine de phosphate à ciel ouvert— et... tout simplement, de la vie quotidienne sur une petite île tropicale.