Arthur Floret

« The Island »: plongée dans la réalité des demandeurs d’asile sur l’île Christmas

« The Island » est un documentaire sur la réalité des demandeurs d’asile sur l’île Christmas en Australie. Le Guardian, journal britannique de référence, en partenariat avec la Fondation Bertha, diffuse ce documentaire poignant.

La réalisatrice, Gabrielle Brady, explore le travail que Poh Lin Lee, psychothérapeute, mène avec des demandeurs d’asile placés en détention dans le désormais mondialement célèbre « Guantanamo australien ».

Des témoignages bruts et intimes sur les déchirures de la migration et les effets de la détention sur un fond visuel et sonore envoûtant à ne pas manquer pour mieux comprendre les drames humains qui se cachent derrière une politique controversée qui inspire jusqu’en Europe.


Rose vs vert

L’enfer vert ! La jungle de l’île Christmas est verte verte verte verte !

Alors quand on voit une plante rose, on est surpris, on s’arrête, on regarde, on apprécie.

Le genre de moment qui n’arrive pas souvent en ville ou dans un parc…

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Une plante rose au cœur de la jungle verte de l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.

 


Egeria Point : le bout du monde du bout du monde

Que n’évoque le bout du monde…

Vous entendez d’abord son appel, comme James Bond en train de siroter son martini dans son bain.

Oui, le bout du monde, c’est loin. Il faut être un peu jet set pour pouvoir se payer le voyage.

Vous vous retrouvez ensuite à suer sang et eau, Indiana Jones cherchant le Graal.

Le bout du monde, c’est forcément en terre inconnue, et un exploit physique en soi pour y arriver.

Vous l’atteignez enfin, et vous voilà les cheveux au vent, inspirant à plein poumons l’air de la liberté, tel le voyageur contemplatif de Caspar David Friedrich, là-haut, seul sur sa montagne.

Car le bout du monde, c’est désert, za va de zoi !

Puis vous rentrez chez vous en gardien d’un savoir et d’une expérience uniques, à la manière de Jorge de Burgos, le vieil aveugle flippant du Nom de la rose.

Parce que le bout du monde, ça fait des jaloux, et d’abord des jaloux de leur propre secret. Motus et bouche cousue.

Mais quand on habite déjà au bout du monde, c’est quoi… le bout du monde ?

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Image d’Arthur Floret utilisant une carte d’Ewan ar Born via Wikimedia et une pince de crabe de Pixabay.com

Sur l’île Christmas, c’est Egeria Point.

Deux mots qui résonnent comme un défi, un mystère.

Deux mots que tout le monde connaît, mais dont presque personne n’a vu le bout.

Il faut dire que l’on va plus rapidement et plus facilement à Perth à partir de Flying Fish Cove…

* * *

Egeria Point, c’est la course.

10km en 1h00 de 4×4 gicleux et tape-cul au cœur de la jungle à partir de la fin de la route principale. Puis 2h00 à 3h00 de marche au trot dans chaque sens.

Mine de rien, ça remplit la journée. Et les deux suivantes si vous avez le moindre pépin.

Bref, pour aller au bout du monde du bout du monde, il faut commencer par penser à son retour et marcher vite.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (1/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

C’est beau, c’est vierge, c’est touffu.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (2/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

On est comme un petit morpion heureux et fatigué d’enjamber les gros poils pubiens de son hôte.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (3/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

À part vous, la faune n’est guère spectaculaire, quoiqu’elle n’en est pas moins curieuse.

Ici, un jeune fou n’arrive pas à décoller du sol. Il faut l’y aider, à défaut de quoi il mourra de faim.

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Sur l’île Christmas, les jeunes fous qui tombent de leur nid ne peuvent plus s’envoler. Celui-ci aura de la chance… Crédit Photo: Arthur Floret.

Là, un crabe « pourpre », très rare, vient vous rappeler que les meilleurs épisodes des Chevaliers du zodiaque, c’était avec les chevaliers noirs. Noir contre or. Violet vs rouge.

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Une des deux espèces de crabes violets présentes sur l’île Christmas, très rare localement (Gecarcoidea humei​​​). Crédit Photo: Arthur Floret.

À mi-hauteur du plateau central, sur une terrasse qui descend en pente douce vers la côte, on trouve une autre curiosité, végétale cette fois.

Une forêt entière de Dysoxylum gaudichaudianum.

Ou ce qu’il en reste.

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La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Le cyclone Gillian a coupé net sa canopée en mars dernier.

On parle de 10 à 15 ans avant que le milieu ne se reconstitue.

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La forêt de Dysoxylum gaudichaudianum de la côte ouest de l’île Christmas quelques mois après le passage du cyclone Gillian (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Puis c’est des batailles avec le GPS et une traversée interminable de pandanus tranchants comme des couteaux à pain.

Le marquage du sentier est quasi inexistant et la seule carte papier disponible dans le commerce n’est pas assez précise.

Heureusement qu’on y laisse des petits morceaux de peau et de cuir chevelu pour faciliter la remontée. On petit-poucette à sa manière.

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En route pour Egeria Point, sur l’île Christmas (4/4). Crédit Photo: Arthur Floret.

Sur la fin, il faut se glisser dans un tunnel de verdure pour l’atteindre, ce bout du monde —d’ailleurs, le bout du chemin, ou le bout de son nez, c’est bien assez à ce stade.

Et là, on y est. Spectaculaire…

Mais ça, vous ne le verrez pas, na !

Motus et bouche cousue !

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Un voyage au bout du monde, ça vous change du tout au tout, sur l’île Christmas comme ailleurs. Image d’Arthur Floret utilisant des captures d’écran de Bonappetit.com, Screencrush.com et Carpeaux.fr, ainsi qu’une reproduction de tableau via Wikimedia.


Serco Story

C’est un document exceptionnel que L’isle aux rostres publie aujourd’hui en version française, avec l’accord exprès de ses auteurs.

Un document qui jette une lumière crue sur les « centres de détention d’immigrants » en Australie. Comprenez : les prisons pour demandeurs d’asile, comme celle qui fait la notoriété de l’île Christmas… ou celle-là même ?

Une plongée intime dans le regard d’un ancien employé de Serco, la nébuleuse multinationale qui fait son profit sur ces machines à broyer les vies.

« At Work Inside Our Detention Centres: A Guard’s Story » est un chef d’œuvre de bande dessinée et d’investigation.

Sam Wallman, l’illustrateur, réussit le tour de force de mettre en images de manière sobre, respectueuse, et triste et drôle en même temps, les mots terribles de la vie quotidienne quand on est privé de liberté là où l’on pensait enfin en faire l’expérience —les mots, mais encore plus les silences.

Une collaboration unique avec un journaliste, sa source, et des producteurs de talent enfantée par le Global Mail, génial objet non identifié de la presse en ligne dont la disparition se fait aujourd’hui cruellement ressentir down under

Bonne lecture !

Serco Story


Un pétroglyphe vraiment très moderne

Un pétroglyphe sur l’île Christmas ?

Oui ! Et pas n’importe lequel, puisque c’est la signature personnelle des tout premiers êtres humains à avoir foulé cette terre du bout du monde !

Sauf que…

Sauf que les pétroglyphes témoignent d’une mythologie complexe, ils ont une valeur religieuse, ils racontent un lien magique avec la nature, ils sont le livre ouvert d’une formidable diversité de cosmologies et de rituels à travers les âges, souvent les plus reculés.

Rien de tel ici.

Ou peut-être tout ça à la fois, mais en version XIXème siècle tardif : industriel, colonial, et mercantile.

La gravure date de 1894.

À cette époque, l’île Christmas est encore en cours d’exploration.

On y a trouvé de phénoménales réserves de phosphate, un minerai qui sert à fabriquer des engrais agricoles.

La famille Clunies-Ross, qui s’est taillé un royaume privé dans l’archipel des Cocos/Keeling, plus à l’ouest dans l’Océan indien, a installé à Flying Fish Cove un petit groupe d’hommes pour faire valoir ses revendications sur les richesses du sous-sol —pensant initialement qu’il y avait de l’or.

Le message est prosaïque :

Road to Phospha[te Hill]

made by G. C-Ross [George Clunies-Ross, 1841-1910]

A F C- « — [Andrew Ferguson Clunies-Ross, 1859-1915]

J S C- « — [John Sidney Clunies-Ross, 1868-1944]

and 6 Cocos boys

17 Sept 1894

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Cette gravure dans la falaise de Flying Fish Cove est la plus ancienne empreinte humaine de l’île Christmas. Image d’Arthur Floret.

Traduction ?

« Par ici la monnaie ! »

Voilà qui nous parle certainement plus que les antiques mégalithes qui parsèment l’Europe pré-industrielle…


L’île Christmas bientôt couverte de gratte-ciel ?

L’île Christmas pourrait bientôt devenir une nouvelle Hong Kong ou une nouvelle Singapour.

C’est l’objectif avoué et très ambitieux des plans du gouvernement australien destinés à mettre en valeur ce petit territoire stratégiquement placé aux portes de l’Indonésie et de ses 250 millions de consommateurs.

Mais non, bien sûr…

Sur l’île Christmas, une actualité comme celle-là, qui semblerait normale partout ailleurs en Asie, est im-pos-si-ble, et, à l’inverse, notre quotidien doit paraître complètement surréaliste à nos voisins !

En fait, chaque mois, les équipes du Parc national géolocalisent et dénombrent les crabes de cocotier tués sur les routes par les voitures, les bus, et les camions.

La carte ci-dessous les recense.

Elle est régulièrement mise à jour et placardée aux endroits les plus achalandés, pour que la population comprenne bien le message : « slow down and drive around » (ralentissez et contournez [le crabe]).

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Géolocalisation des crabes de cocotiers tués par des véhicules sur les routes de l’île Christmas (cliquez sur l’image pour l’agrandir). Source: Parc national de l’île Christmas.

C’est sur l’axe qui relie le village, au nord-est, au centre de détention des demandeurs d’asile (I.D.C.), au nord-ouest, qu’est enregistré le plus grand nombre d’impacts.

Les mauvaises langues assurent que ce sont les prestataires de service du centre de détention qui « s’amusent » à écrabouiller ces crustacés gros comme des… noix de coco, parce qu’ils ne sont employés que pour des missions de courte durée. Pas d’attachement au lieu.

« Ah, c’est les Fly-in Fly-out ça ! »

Ou peut-être est-ce plutôt que le trafic, en particulier le trafic de nuit, est particulièrement chargé sur cette route ?

Impossible, en tous cas, de faire abstraction, sur le lieu de chaque drame, du marquage au sol des rangers —rose fluo, avec un petit air de croix fasciste.

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Un crabe de cocotier écrasé sur la route du centre de détention de l’île Christmas. Source/Crédit: Alex Crétey Systermans.

Reste à savoir si toute cette publicité excite ou dissuade les chauffards…


1887-1888 : exploration et annexion

L’île Christmas avait tout pour rester déserte : pas de port naturel, une mer impossible à exploiter à cause de sa profondeur abyssale, une haute falaise sur tout son pourtour, quasiment pas d’eau potable en surface, une jungle pauvre en ressources alimentaires…

Tout, sauf une chose : ce que recelait son sous-sol.

* * *

1887, glorieuse année pour l’Europe !

La Révolution industrielle bat son plein. À Paris, on construit une immense structure démontable en métal pour consacrer le triomphe de la technologie et de la science.

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La Tour Eiffel en construction, le 7 décembre 1887. Source: Wikimedia.

L’État-Nation est devenu l’ultime horizon politique. À Londres, la Reine Victoria célèbre son « jubilé d’or », un demi-siècle de règne pendant lequel elle incarne l’Angleterre à son apogée.

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Portrait de la Reine Victoria en 1887, par Alexander Bassano via Wikimedia.

Ailleurs dans le monde, les Européens étendent leur domination. La France crée l’Union indochinoise, le Portugal prend possession de Macao, le Nigeria devient protectorat britannique, même les Italiens s’aventurent en Éthiopie —certes sans le succès escompté, pour lors…

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La bataille de Dogali, opposant Italiens et Éthiopiens, le 26 janvier 1887, par Michele Cammarano via Wikipédia (version noir et blanc d’Arthur Floret).

1887, glorieuse année qui n’oublie même pas les rochers perdus dans l’Océan indien !

Car c’est dans cette triple mondialisation technologique, politique et coloniale que l’île Christmas va entrer brutalement.

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Steep Point, sur la côte est de l’île Christmas, en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432887).

John Murray, un scientifique écossais, souhaite en effet prouver l’hypothèse que certains récifs coralliens sont susceptibles de contenir d’immenses quantités de phosphate.

Il s’assure pour cela le concours de la marine royale pour collecter des échantillons de roches aux Indes orientales.

En janvier 1887, le HMS Flying Fish jette ainsi l’ancre à l’île Christmas et prélève un morceau de corail de la côte.

Celui-ci s’avérera contenir un caillou de phosphate.

Bingo !

Murray dépêche alors un second navire sur place : le HMS Egeria, qui restera dans le désormais bien nommé Flying Fish Cove pendant dix jours, en septembre de la même année.

Dix jours pendant lesquels son équipage explorera l’intérieur des terres et rapportera des morceaux de phosphate pur à 90%.

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À Flying Fish Cove en 1887 (HMS Egeria?). Source: Archives nationales de l’Australie (n°6552420).

Murray, qui comprend le potentiel économique de sa découverte, milite tout de suite pour l’intégration de l’île Christmas à l’Empire britannique et l’obtention d’une concession minière en son nom.

L’agriculture mondiale est en plein boum et a un besoin insatiable d’engrais, donc de phosphore (issu du minerai de phosphate par transformation chimique).

Londres ne demande pas mieux qu’avoir ses propres réserves. L’île Christmas est formellement annexée le 6 juin 1888.

Jusque-là, tout va bien.

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Quelque part sur l’île Christmas en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432905).

Mais John Murray a un ennemi.

Il s’agit d’un aventurier du nom de George Clunies-Ross, dont la famille s’est taillé un petit royaume personnel sur les îles Cocos (Keeling) depuis trois générations.

Les Clunies-Ross utilisent de temps en temps l’île Christmas pour s’approvisionner en bois et en gibier (oiseaux marins, crabes terrestres).

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Quelque part sur l’île Christmas en 1887. Source: Archives nationales de l’Australie (n°6432904).

Y aurait-il de l’or pour que l’Union Jack flotte maintenant sur cette terre qui n’avait jamais intéressé personne à part eux ?

Clunies-Ross envoie un petit groupe d’hommes s’y installer en novembre 1888 et écrit aux autorités coloniales à Singapour pour faire valoir ses droits.

S’en suivent plusieurs années de conflit entre les protagonistes, jusqu’à ce que l’appât du gain l’emporte, et qu’une entreprise à capitaux partagés soit créée en 1897.

On coupe la poire en deux. La machine est lancée.

Des centaines de coolies originaires du sud de la Chine arrivent pour défricher la forêt et extraire le précieux minerai dans des conditions proches de l’esclavage.

La production et l’exportation commencent finalement en 1899-1900.

En 2014, le bal des pelleteuses et des bateaux continue encore.

* * *

Rare est le privilège de pouvoir comparer le même lieu avant son occupation par les humains et… de nos jours.

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Flying Fish Cove (vers l’ouest) en 1887… et en 2014. Animation d’Arthur Floret incluant une photo des Archives nationales de l’Australie (n°6552418).

Rare et un peu triste, peut-être ?

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Flying Fish Cove (vers l’est) en 1887… et en 2014. Animation d’Arthur Floret incluant une photo des Archives nationales de l’Australie (n°6552416).


Frégates : kamikazes et cleptoparasites

Curieux oiseau que la frégate, qui porte sous son bec une sorte de paire de testicules qui semble avoir pris deux-trois coups de pied bien placés…

J’allais dire qu’il ne manque pas de majesté sinon, mais on le connaît aussi pour son goût immodéré du cleptoparasitisme en plein vol : il est là, à planer pendant des heures, comme un pantin suspendu par des ficelles, et d’un coup il fond sur le premier paille-en-queue ou le premier fou qui a pêché un poisson, le poursuit jusqu’à le faire déglutir, et se régale de ce vomi aérien.

Faire du ciel le plus bel endroit de la mer…

À part ça, les frégates offrent un spectacle de toute beauté, une chorégraphie aléatoire et échevelée —et pour tout dire un peu kamikaze— au-dessus des marres qui émaillent les paysages miniers, quand elles veulent se rafraîchir le gosier.

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Une frégate s’apprête à boire sur un site minier, sur l’île Christmas (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Mais comment faisaient-elles avant l’arrivée des pelleteuses ?

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Une frégate s’apprête à boire sur un site minier, sur l’île Christmas (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Les frégates sont les oiseaux qui ont l’envergure la plus large par rapport à leur poids total —plus de deux mètres—, si bien qu’elles peuvent rester en vol pendant une semaine.

Pas étonnant que l’on trouve l’espèce endémique de l’île Christmas (Fregata andrewsi) jusqu’aux Philippines !

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Une frégate en train de boire sur un site minier, sur l’île Christmas (1/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Par contre, gare à celle qui se posera par terre. Impossible de décoller à même le sol pour ces champions de l’altitude.

Idem dans l’océan, les frégates ne savent pas nager.

Pour elles, pas le choix, c’est une frappe chirurgicale, ou la mort.

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Une frégate en train de boire sur un site minier, sur l’île Christmas (2/2). Crédit Photo: Arthur Floret.

Reste le risque de mal évaluer la profondeur de l’eau…

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Une frégate morte sur site minier, sur l’île Christmas. Crédit Photo: Arthur Floret.


Poèmes de Hani Aden et de Sabrin Ahmed, jeunes demandeuses d’asile sur l’île Christmas

Hani Aden et Sabrin Ahmed sont deux jeunes femmes originaires de Somalie.

Elles sont arrivées par bateau sur l’île Christmas en août 2013 pour demander asile à l’Australie et ont été placées immédiatement —sans interruption depuis— en détention.

Hani Aden and Sabrin Ahmed are two young women from Somalia.

They arrived by boat on Christmas Island in August 2013 to seek asylum in Australia and were immediately —without any interruption ever since— placed in detention.

* * *

La poésie est le seul échappatoire à leur disposition.

Vous trouverez ci-après quatre œuvres ainsi que deux fragments que Hani et Sabrin souhaitent partager avec vous.

Toutes les illustrations sont d’Hélène Floret-Tatard, une artiste basée en France.

L’isle aux rostres a réalisé l’adaptation française des textes.

Hélène_Floret_Tatard_Porte_Détail

Poetry is the only form of escape available to them.

Next are four pieces of work and two fragments Hani and Sabrin want to share with you.

All the illustrations have been drawn by Hélène Floret-Tatard, an artist based in France.

L’isle aux rostres has provided the French adaptation of the texts.

version originale
Version originale
version française
Version française


L’île Christmas et le mystère du vol MH370

Un mois et trois semaines ont passé depuis la disparition du Boeing 777 (vol MH370) de Malaysia Airlines assurant la liaison entre Kuala Lumpur et Pékin.

Les recherches de l’appareil et de ses 239 passagers, toujours en cours, se sont révélées extraordinairement complexes, ce qui a alimenté la paranoïa au sein d’une frange du grand public.

Et si les clefs du mystère étaient sur l’île Christmas ?

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Carte des zones de recherche du MH370 en date du 29 mars 2014. Image de Soerfm via Wikipédia modifiée par Arthur Floret.

C’est en naviguant sur Twitter, ce matin, que je suis tombé par hasard sur le message suivant d’un certain Ken St-Aubin, qui affirme que l’avion aurait fait un arrêt technique chez nous.

Tiens ?

Le drame du MH370 semble particulièrement inspirant pour M. St-Aubin, qui, non content d’inonder son compte de centaines de commentaires sur ce sujet depuis que les éléments du décor se sont mis en place, a produit une « théorie » digne d’un scénario de film hollywoodien, accessible sur Dropbox et ici-même :

Vol MH370 : La théorie de Ken St-Aubin sur l’île Christmas

Pas de doute pour lui : le Boeing aurait été détourné par des terroristes liés à Al Qaïda et serait caché quelque part en Somalie, ou éventuellement au Yémen.

En résumé, M. St-Aubin soutient que, le matin du 8 mars 2014, des terroristes, déjà présents sur l’île Christmas depuis plusieurs mois après être arrivés dans un bateau de demandeurs d’asile, auraient fait le plein de l’avion en provenance de Malaisie, avec la complicité d’un ou de plusieurs employés de l’aéroport, au nez et à la barbe de la police locale et de la population.

Les passagers, pour leur part, auraient été débarqués (morts, mais M. St-Aubin n’exclut pas qu’ils aient pu être encore vivants), puis transférés dans des camions jusqu’à Lily Beach, et enfin dans un bateau, coulé au large.

Ensuite, l’appareil aurait décollé pour sa destination finale, en survolant les Maldives.

Cette opération, planifiée minutieusement et depuis longtemps, n’aurait pas encore été revendiquée… puisqu’elle ne serait pas terminée !

L’avion doit, en effet, servir —je cite— « d’arme de destruction massive » destinée à « faire passer le 11-Septembre pour une promenade au parc ».

***

Fort heureusement pour nous, M. St-Aubin n’est pas le seul à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas, quoique sans son génie créatif.

Sur Twitter, l’île Christmas arrive en tête du hit parade des conspirationnistes (le gouvernement est au cœur de l’affaire) ou des « affirmationnistes » (le gouvernement s’est fait berner), après, il est vrai, Diego Garcia, une base américaine au cœur de l’Océan indien.

Même The Don Lemon Show de CNN s’y met : « l’avion serait-il sur l’île Christmas ? »

C’est assez, en tous cas, pour dire qu’il existe bien un groupe de « christmasistes » —conspirationnistes, affirmationnistes, etc., qui pensent que les clefs du mystère du vol MH370 sont sur l’île Christmas.

Un groupe certes petit, une audience privée, mais un groupe actif quand-même.

Par exemple sur les forums de discussion (je recopie les commentaires en l’état) :

« Chris. My thoughts exactly. I believe they flew to Christmas Island and left the engines running on the tarmac in order to make it seem they were still flying. This would encourage everybody to assume the plane flew North towards Afghanistan. Christmas Island is perfect as the approach is over water and would therefore not be heard by the small population who do not live by the airport. It would be dark/twilight so no witnesses would be about and if anybody saw it they would think nothing of it because Malaysian Airlines have flown to Christmas Island in the past. They could then turn off the emitters from the engine and fly where they wished. The passengers would never have had any inkling but may have been told that they needed to land at a Chinese feeder airport due to bad weather or something. This plane would then fly across the ocean to an unknown location. » (AirlineReporter.com)

« Les 2 pilotes ont volé pour Malaysian Airlines sur 737. Il est donc possible qu’ils aient été amené à faire le Kuala Lumpur > Singapour > Christmas Island sur 737-400. Je pense réellement que c’est la piste la plus ‘chaude’ et celle que privilégient les enquêteurs actuellement, en partant du principe que l’avion ait atterrit, ce qui semble actuellement l’hypothèse la plus probable. » (Crash-Aerien.aero)

« One thing concerning the track, from my understanding which may well be at fault, is that depending on the speed the track can vary by a huge margin so at best the search area is the a most likely. It is even possible that it was flown to say Christmas Island where the casino is or to any patch of ocean in between that and the current search area from the evidence we know about. The ping data just about supports this if the speed is adjusted. That suggests to me that there is other information that has not been released but rather « suggested » by other sources to the SAR teams that solidifies the best guess to a highly / only probable search area. I am keeping my fingers crossed that this is the case for all concerned. » (PPRuNe.org)

« I reckon the plane could have landed at Christmas Island. Emergency landing…. off course ? Maybe they are all quarantined and detained until they have been given the all clear health wise? Just reminds me of the movie, Outbreak. That is an isolated Island. Read previously there was a missing vial of some super contagious virus just prior to the plane going missing; could be connected? Biological Terrorist threat… » (AboveTopSecret.com)

Enfin, après Twitter et les forums de discussion, on a YouTube, forcément.

Petite illustration dans la vidéo qui suit, où l’auteur se prête au jeu de « si j’étais un terroriste »…

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin.

Car il est une profession qui fait bien du mystère son fonds de commerce, n’est-ce pas ?

Et cette profession, c’est… voyant, voyons !

« I have been feeling something about Christmas Island, and I think it may be be because it’s latitude is around 105. I am thinking its the latitude more than the island, so I think the latitude is around 105. If I could draw a line between Christmas Island and casey station antartica which sits at 108 latitude I think, and search between longitudes -47 through -54 on that line drawn between the two, I am more interested in near -47, but current might move it over time? […] Just this morning I was looking at the crabs on Christmas Island, and remembering how I felt they would be in an area with crabs. Now you are talking orange, and the crabs are very reddish orange on Christmas Island. I have also been thinking about where in relation to that Island and I am wondering between the two? Where do the crabs on Christmas Island live? » (PsychicCrimeFighter.com)

« From day #2 I said the plane was on or near Christmas Island. I don’t know why I said that. A lucky guess? Or unlucky? I don’t know. But I’m sticking with my gut feeling. » (HubPages.com)

« I saw a light, white sky, with a pale sun, and therefore thought that the landing happened in aurora. No red sky… An island is involved. The island was ahead of the plane, on its left side. I got the number 6 in mind. Have a feeling of 5 men and 1 women closely involved in the missing of the plane. I was finally able to locate Pulau-Pulau Kokos Indonesia on Google Earth. I did get a connection to this.. I can’t help but feel that the word Cocos came to me in order to later discover this. This is to the west of Malaysia, just as I previously felt, and the island itself feels “right.” I still maintain some connection to the Cocos and Christmas Islands, but definitely feel this is an area worth exploring. […] I feel like if we could communicate to an Indian tribe on one of these islands (Cocos, Christmas or Pulau-Pulau) they could tell us what happened. I get that they even have some of the debris or even the plane poked in a cave. » (EnigmaticEarth.com)

« Diego Garcia, Cocos / Christmas Island third point creating a triangle, bad energy of  “cover up” (Ancient Mu, Kumari Kandam, Lemuria area). There was some kind of involvement by ET s, ET is putting his finger up to his mouth and shushing. Few leading people in Diego Garcia know what is going on and watch us run on these false missions (cover ups). They communicate with the ETs. The ETs want disclosure. The higher ups want this cloaking technology that the ETs are using and they are making this as a game for underlings to find the plane on their own with the common technology, although they know where it is. » (ProutScandinavia.BlogSpot.com.au)

« I have been asked about some islands in the area: Sumatra: It feels west of that, Cocos: This area feels more right, Christmas Island: I felt the best connection with this and Cocos, Flores: This feels off to me. […]  I am curious if there are land masses near Cocos or Chirstmas Island that are not on our world maps (either not documented on our current maps, or perhaps existent in an alternate reality).  I have done Google Earth on the area around Cocos and Christmas Island, and I still want to revert to that area. I have also had someone point out that the longitude of that area (near Cocos) is a combination of the numbers 2-3-7 in that order, and I sense that is also a clue. » (PsychicFocus.BlogSpot.com.au)

Last but not least —je vous fais réviser votre anglais aujourd’hui !— ce message enregistré par Keith Watson, un voyant britannique qui prétend savoir où est l’avion.

D’après lui, le Boeing aurait volé en aveugle à la suite de problèmes électriques ; manque d’oxygène ; les passagers à moitié inconscients ; on essaye d’atterrir ; 49 cubic ; 3.200 ; des noms de famille ; une hôtesse et un enfant ; l’Océan indien ; l’arrière de l’appareil ; 3 dots and a coma ; survivants ; je, je, je…

Pardon.

J’adore cette vidéo.

Bref, il n’y a qu’à chercher quelque part entre quelque chose qui pourrait bien être l’île Christmas ou les îles Cocos (Australie), ou peut-être bien du côté de l’île Maurice.

Il suffisait de le dire !